13 Janvier 2022
Robert Blasberg est né le 18 mai 1920 à Colombes. Il demeure au 7 rue Maurice Berteaux et la boutique de ses parents se trouve au 28 de la même rue.
En 1942, Robert Blasberg est étudiant à la faculté des lettres à Paris où il réside 5 rue de la Motte Piquet dans le 15ème arrondissement. Le 30 juillet 1942, il est arrêté par le commissariat du 15ème arrondissement parce qu'il ne porte pas l'étoile jaune[1] Interné au camp de Drancy puis à celui de Pithiviers où il reste jusqu'au 20 septembre 1942. De ce camp, il est transféré à celui de Beaune-la-Rolande, puis reviens à Drancy[2].
Il est déporté en représailles de l'attentat commis au cinéma "Le grand Rex" le 17 septembre par le détachement Valmy. Ces informations sont tirées du témoignage de son père Henry Blasberg recueilli en février 1945 par la gendarmerie de Conflans. Robert Blasberg, ce qu'ignore son père quand il témoigne, est déporté à Auschwitz par le convoi n° 36 le 23 septembre 1942[3]. Il meurt à Auschwitz le 28 septembre 1942.
Conflans vit au rythme de « l'aryanisation des biens juifs » en France[4]. Le 21 février 1941, Georges AUBAILLY, "maire" de Conflans signe la liste des commerçants juifs (document retrouvé aux Archives Municipales de Conflans cf photo). A sa lecture, on apprend que le commerce de Blasberg Henry, 28 rue Maurice Berteaux, est fermé, que celui de Loria Nathan, à la même adresse, est resté ouvert parce géré par un "gérant aryen".
La tragique histoire de Robert Blasberg montre, contrairement à ce qu'affirme Eric Zemmour, que Vichy "n'a pas sauvé les juifs français et donné les juifs étrangers". L'affirmer c'est faire œuvre de révisionnisme. Cette histoire de Robert Blasberg met en lumière la participation de l'appareil de l'état de Vichy (administration et police) aux opérations commanditées par les Allemands. Circonstance aggravante, Vichy est allé au-delà des volontés des nazis, dans bien des cas.
Continuons à lutter pour que le nom de Robert Blasberg et celui d'Isaac Pournik (lui aussi arrêté par la police de Vichy à Conflans) soit donné à une rue. 2 crimes commis par les nazis, avec la participation de Vichy, 2 occasions de faire la lumière, de dénoncer "la solution finale".
Dénonçons sans relâche la xénophobie de la droite et de l'extrême droite, le révisionnisme d'Eric Zemmour, candidat du pire aux élections présidentielles.
Jean Présent, membre ami de la Fédération Nationale des Déportés Internés Résistants et Patriotes
[1] L'étoile jaune.
Le 29 mai 1942, la 8ème ordonnance allemande interdit aux juifs français et étrangers de zone occupée de paraître en public sans porter l'étoile jaune. La décision est allemande mais l'étoile jaune est distribuée dans les commissariats et les sous-préfectures. Plus de 80% des juifs déportés de France ont été arrêtés par la police de Vichy.
[2] Les camps de déportés français
Entre 1941 et 1943, plus de 16000 juifs dont près de 4500 enfants ont été internés dans les camps de Pithiviers et Beaune-la-Rolande, gérés par Vichy sous le contrôle des Allemands. 3000 juifs meurent dans les camps d'internement de Vichy. Un millier de juifs est exécuté ou massacré. Presque tous les juifs internés dans ces camps au cours de ces 2 années ont été déportés par les nazis, avec l'assentiment et le concours de Vichy.
Sous l'autorité du service des affaires juives de la Gestapo, l'administration de Drancy est du ressort de la Préfecture de Paris jusqu'en juin 1943. A cette date, il passe entièrement sous contrôle allemand, la garde extérieure demeurant affectée à la gendarmerie française. Sur 76000 hommes, femmes et enfants juifs déportés de France, 67000 le furent à partir de Drancy. Drancy est l’antichambre de la déportation, le réservoir d'otages déportés et fusillés, en représailles aux actions de la Résistance intérieure
[3] Dénaturalisation des juifs
Le convoi du 23 septembre compte 644 hommes, 342 femmes, 200 ENFANTS et 14 autres personnes non identifiées. Plus de la moitié d'entre eux sont de nationalité française. Parmi les déportés, Eva Tichauer, née le 26 janvier 1918 à Berlin. Eva Tichauer est une réfugiée politique juive allemande, devenue française, puis dénaturalisée par le régime de Vichy.
Environ 15000 personnes, dont 6000 juifs, ont été dénaturalisées. Ces derniers ont été, pour la plupart, déportés. La déchéance de nationalité conduisait à l'internement en camp spécial en vertu de la loi du 18 octobre 1940 "sur les ressortissants étrangers de race juive.
[4] L’aryanisation des biens juifs
Le 29 mars 1941, le "Commissariat général aux questions juives" est créé dans le but, entre autres, d'"aryaniser" l'économie de la France. La loi dite "d'aryanisation des biens juifs" est promulguée par Vichy le 22 juillet 1941. En vertu de ces lois promulguées par Vichy, des administrateurs provisoires sont progressivement nommés à la tête des commerces, des entreprises juives et sont chargés de les vendre ou de les liquider.