19 Novembre 2023
Lorsque Alexandre Dumas fils emploie pour la première fois, en 1872, Le terme « féministe », c’est dans un pamphlet, afin de ridiculiser les hommes qui souhaitent donner plus de pouvoir aux femmes.
Pendant la révolution Olympe de Gouge paiera de sa vie d’avoir publié sa Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne.
Avec la Révolution de 1848, l’engagement des femmes met en avant la nécessité d’obtenir le statut de citoyenne, sans quoi c’est « une moitié de la nation » qui se trouve soumise à la domination de l’autre.
En 1897, Marguerite Durand lance son journal La Fronde dont le premier numéro est tiré à 200 000 exemplaires. Une spécificité de l’engagement politique des femmes s’affirme alors, entre philanthropie et féminisme, et se déploie à travers d’autres titres de presse comme La Française, ou Le Journal des femmes.
Pendant la grande guerre, ce sont les femmes qui prennent la France à bras le corp pour remplacer dans les champs, derrière les bœufs (ou à leur place), dans les usines leurs hommes partis se faire tuer sur le front mais après l’armistice, rien n’est plus pareil, elles doivent rendre leurs emplois aux soldats survivants, elles sont de nouveau reléguées aux travaux ménagers et à leurs progénitures.
Au sortir du conflit de 14 - 18, alors que de nombreux pays européens octroient le droit de vote aux femmes en 1918 ou en 1919, la France botte en touche, plusieurs propositions de loi étant rejetées par le Sénat.
Dans les années 1950, L’association, qui deviendra Le Mouvement français pour le planning familial, explique presque clandestinement à ses adhérentes, à travers des publications et des conférences, comment maîtriser sa sexualité pour éviter les grossesses... Fin 1967, l’Assemblée nationale adopte enfin la loi autorisant la contraception.
Le combat des femmes se renforce en 1970, avec la création du Mouvement de libération des femmes (MLF) qui revendique la libre disposition du corps des femmes. Parmi les combats du MLF : les violences sexistes, le droit à l’avortement, la remise en question de la société patriarcale...
À Bobigny, en 1972, l’avocate Gisèle Halimi plaide le cas d’une jeune fille ayant avorté illégalement à la suite d’un viol. Six ans plus tard, à Aix-en-Provence, elle défend deux homosexuelles, battues et violées par un groupe d’hommes alors qu’elles faisaient du naturisme.
Ce sera seulement en 1974 que les femmes obtiendront un secrétariat à la Condition féminine. La même année Simone Weill fera voter la loi sur l’interruption volontaire de grossesse qui fera enfin progresser la liberté des femmes en leur donnant le droit de disposer de leur corps.
Pour l’historienne Florence Rochefort, auteure d'une Histoire mondiale des féminismes, le prochain enjeu est celui de l’intersectionnalité : « La question des femmes ne peut être séparée de celle des autres types d’inégalités, raciales, sociales... Il faut essayer de comprendre comment s’articulent ces différentes dominations. »
Depuis 2017, avec #metoo, beaucoup d’hommes ont pris conscience de la gravité du problème et se sont sentis solidaires des victimes. Ce que le phénomène a révélé aussi, avec le déferlement de haine qui l’a accompagné, c’est la violence des réseaux antiféministes. De la droite à l’extrême droite ainsi que dans les milieux extrémistes religieux la gente masculine tient fermement à ses prérogatives et le fait violement savoir.
L’égalité femmes hommes est loin de devenir la normalité, de nombreux mouvements féministes se battent pour faire changer les mentalités mais le patriarcat a la vie dure, même dans l’esprit de beaucoup de femmes conservatrices. Si beaucoup d’hommes ont intégré depuis longtemps cette notion et vivent au jour le jour l’égalité des sexes, en partageant les tâches de leur couple, en considérant les femmes à leur égal dans la vie privée comme dans la vie professionnelle il n’en reste pas moins que les garçons sont toujours majoritairement élevés dans l’esprit de leur supériorité par rapport au sexe féminin que beaucoup appellent encore le sexe faible. Les traditions, qu’elles soient judéo-chrétiennes ou musulmanes n’ont pratiquement pas progressé. En cela beaucoup de mères portent la responsabilité de cette inertie.
La société libérale, la société de consommation continuent de stigmatiser les femmes, la ménagère de 50 ans, la femme objet sont toujours visibles dans l’esprit populaire, dans la publicité où on continue de chosifier le corps des femmes ou de les mettre en scène dans des scénarios ridicules.
La violence contre les femmes résulte de ce lieu commun enseigné implicitement aux petits garçons que les hommes sont les plus forts, que les filles sont faibles et qu’il ne faut pas être une femmelette.
La lutte pour l’égalité commence par l’éducation des enfants, le refus des différences dès la commande au père Noël, les jeux permettent aux enfants de stimuler leur imagination et de se projeter dans leur futur. C’est là qu’on apprend aux filles qu’elles sont égales en droits à leurs frères et qu’on enseigne aux garçons la signification du mot oui et du mot non ainsi que le respect de ceux et celles qui leur sont différents. Quand on ne respecte pas les femmes on ne le fait pas non plus pour les personnes handicapées, les étrangers, les personnes différentes par leur couleur, leur religions, leurs pratiques sexuelles.
Être féministe, lutter contre les violences faites aux femmes, c’est d’abord lutter pour l’effectivité des droits de toutes les personnes humaines, il est indispensable que cette lutte se fasse tous ensembles, Les femmes et les hommes de ce monde doivent ensemble changer la société.
La révolution sexuelle qui établira définitivement l’égalité de tous les genres doit se faire ensemble et surtout pas les uns contre les autres. Les droits humains doivent être conquis, compris et acceptés par tous les humains.
Guy Derangère