8 Mars 2021
Parce que cette journée honore la lutte et le sacrifice des 129 femmes en grève de l’usine COTTON de New York qui, le 8 mars 1908, périrent dans un incendie de leur usine qu’elles occupaient. Cet événement fut un fait majeur dans l’histoire du travail et du mouvement syndical mondial.
L’internationale des Femmes Socialistes de 1910 proclama officiellement le 8 mars comme jour International de la Femme Travailleuse en honneur à ces femmes tombées lors de la grève de 1908.
Les revendications des ouvrières en 1908 : les 10h de travail journalier et DÉJÀ l’égalité de salaire homme-femme semblent d’une actualité effrayantes.
En 1977 l’ONU déclare le 8 mars comme le jour international de la femme. Chaque année elle choisit un thème, celui de cette année est :
“Mujeres líderes: Por un futuro igualitario en el mundo de la Covid-19”
« Leadership féminin : Pour un futur égalitaire dans le monde de la Covid-19 ».
Les militants de gauche continuent à ajouter «de la femme travailleuse » car cette journée, n’est pas la journée des fleurs mais la journée des droits sociaux.
Ce glissement de la journée du 8 mars vers une revendication plus sociétale que syndicale s’explique en Espagne par la histoire récente: le poids de la tradition et la religion pendant la période franquiste, la volonté de se libérer de cette emprise morale-religieuse imposée par le régime, l’importance du féminicide et la volonté de le combattre ; et enfin la prise de conscience des autorités et de la population toute entière du fléau des violences faites aux femmes, peut-être aussi par la perte d’influence des syndicats ouvriers.
Ces revendications sociétales sont portées par des collectifs participatifs comme le «Colectivo 8M» dans lequel des citoyens et des organisations partageant le besoin de mettre en place des actions qui transforment la société pour qu’elle devienne une société féministe dans laquelle la vie et les soins soient placées au cœur de son fonctionnement, s’y retrouvent.
Les principaux syndicats espagnols CCOO : Comisiones Obreras (proche du Partido Comunista de España) et de l’UGT : Unión General de Trabajadores ( proche du Partido Socialista Obrero Español) appuient ce mouvement mais mettent en exergue les revendications syndicales. Car la discrimination au travail, la discrimination salariale est aussi une forme de violence faite aux femmes !
· Comment pourrions-nous accepter les inégalités flagrantes que subissent au quotidien les femmes travailleuses, sans nous révolter ?
· Comment pouvons-nous accepter que le salaire mensuel net moyen des femmes en France soit, selon l'INSEE, de 19,0% inférieur à celui des hommes, sans nous révolter ?
· Comment pouvons-nous accepter que les femmes consacrent trois heures trente par jour aux tâches domestiques, contre deux heures pour les hommes, au détriment de leur développement personnel, sans nous révolter ?
· Comment pouvons-nous accepter qu'en Europe 60% des femmes aient déjà été victimes d’une forme de sexisme ou de harcèlement sexuel au travail au cours de leur vie professionnelle, sans nous révolter ?
· Comment pouvons accepter que parmi les cinq millions d’emplois en temps partiel subi, 76% soient occupés par des femmes, sans nous révolter ?
· Comment pouvons accepter que 59% des entreprises de plus de 50 salariés ne respectent pas la loi et n'ont ni accord ni plan d'action sur l'égalité professionnelle, sans nous révolter ?
· Comment pouvons-nous accepter que la part des femmes dans des métiers socialement et financièrement dévalorisés soit de 68%, sans nous révolter ?
· Comment pouvons-nous accepter cette violence subie par 51% de la population, sans nous révolter ?
NOUS NE POUVONS PAS L’ACCEPTER !
RÉVOLTONS-NOUS !
Pour que cela change et que nous puissions construire une société plus juste,
plus solidaire et plus féministe.
La résurgence en Espagne de l’extrême droite « rance » du partit VOX, qui est entré en force dans les gouvernements des différentes Comunidades Autónomas (régions avec large autonomie politique) et dans le parlement central a marqué un tournant décisif.
Ce parti d’extrême droite a lancé une croisade contre le « féminisme-bolchevique » alpha et oméga de tous les maux du pays. Ils utilisent une dialectique extrêmement agressive contre le mouvement féministe qu’ils considèrent totalitaire.
VOX a lancé depuis plus d’une année une campagne systématique qui accuse le mouvement féministe et les manifestations du 8 mars 2020 d’être les déclencheurs de la pandémie de COVID-19 en Espagne. Le summum de cette rhétorique antiféministe fut atteint la semaine dernière quand VOX proposa que le 8 mars soit dorénavant le jour en mémoire des victimes du COVID !

La droite espagnole, qui court derrière l’extrême droite a aussi contribué à diaboliser les mouvements féministes.
Parce qu’une société plus féministe qui refuse le rôle traditionnel de mère et épouse est une société plus juste et plus égalitaire, VOX en Espagne et d’autres partis politiques des droites extrêmes en Europe s’attellent à démanteler tous les acquis sociaux des femmes.
L’attaque violente au féminisme de la part de VOX et des droites devrait nous interpeller. En effet, le féminisme, en refusant le rôle traditionnel de mère et épouse des femmes et en prônant l’émancipation, pose les bases d’une société plus égalitaire et juste.
Le dernier élément en date c’est l’interdiction de la manifestation statique du 8 mars 2021 prévue à Madrid, Comunidad gouvernée par une alliance Partido Popular (droite), Ciudadanos (centre) et l’appui des voix de VOX (extrême droite) avec, il faut le dire un rôle un peu ambigu du Préfet (Delegado del Gobierno).
Pour la première fois la pandémie est utilisée pour empêcher des manifestations. Les syndicats espagnols ont fait appel de ces interdictions car ils considèrent qu’elles sont une entrave aux droits fondamentaux.
La bataille juridique n’est pas encore finie mais la diabolisation et la criminalisation du mouvement féministe commencée par l’extrême droite en Espagne distille son poison dans la société toute entière dans une période difficile du point de vue économique et sanitaire.
Pour narguer ces réactionnaires qui ne veulent pas que les femmes sortent dans la rue pour défendre leurs droits, ces mêmes femmes qu’affichèrent un « Yo me quedo en casa » « Je reste à la maison » lors de la première vague de la pandémie du COVID-19 (refusons le féminin pour cette maladie !) ; ont lancé la campagne :
« Yo NO me quedo en casa »
« Je NE reste pas à la maison ».
Parce que la droite extrême en Espagne et ailleurs veut confiner les femmes dans l’espace domestique. Pour signifier notre volonté de ne pas être assignées à résidence, on affiche dans les réseaux sociaux notre volonté de sortir pour défendre nos droits :
« el compromiso con la igualdad y el feminismo está en el corazón de toda la acción política”
« l’engagement pour l’égalité et le féminisme est au cœur de toute l’action politique »
POUR NOUS FEMMES ET HOMMES DE GAUCHE !
Maria ESCRIBANO OBEJO
(Obejo était le nom de ma mère, deleguée syndicale)