Ce documentaire est intéressant car il traite de manière brève ce qui qui s’est passé ces 50 dernières années et qui a conduit l’industrie française de 25% de la richesse de la France (PIB) en 19780 à 17% en 1995 et 11% en 2017.
On y retrouve :
La politique volontariste de De Gaulle en 1960 (le programme nucléaire, Airbus, la restructuration du capital des entreprises avec des prise d’intérêt croisés empêchant les rachats extérieurs : la notion de noyau dur)
Puis la crise pétrolière de 1970 entrainant la politique d’austérité néfaste pour notre industrie de Raymond Barre.
Le redressement en 1981 avec l’arrivée de la gauche au pouvoir avec les nationalisations qui ont permis de remettre à flot de nombreux secteurs de l’industrie.
Mais très vite, en 1990, les politiques libérales de Reagan aux Etats-Unis et Thatcher au Royaume Uni, avec en support les théories économiques de Friedman, sont aussi adoptées par les grands patrons français. Cela a amorcé en France une désindustrialisation continue.
L’Union Européenne a complétement adhéré à ces théories et s’est refusé à mettre en œuvre la moindre politique industrielle, empêchant certaines fusions entre entreprises européennes et abandonnant des pans entiers de l’industrie à l’étranger en vertu de la "libre concurrence".
Les fausses idées du patronat et de l’Etat français, comme quoi on pouvait délocaliser les tâches subalternes tout en gardant le savoir-faire, l’innovation et la recherche, nous ont amené à tout perdre; comme si la recherche et l’industrialisation n’étaient pas étroitement liés et que l’on pouvait faire fonctionner l’un sans l’autre.
Puis la financialisation de l’économie et la vente de tout ce qui restait de l’industrie dans les années 2000 avec à chaque fois des paquets d’argent pour les dirigeants d’entreprises. (Asthlom, Lafarge, Alcatel,…). Des demandes de rentabilité toujours plus élevées (des dividendes en hausse), des salaires qui stagnent et surtout des investissements en berne (la politique du citron pressé). Par ailleurs bon nombre de compétences ont abandonné la filière industrielle pour la filière financière et se sont eux aussi délocalisé à l’étranger. Les difficultés de construire la centrale nucléaire de Flamanville en est une preuve : mauvaises soudures, fond de réacteur mal coulé par ce qui restait de Creusot-Loire, …
Les usines françaises ont vieilli, la robotisation est à la traine, et la productivité s’est naturellement fortement réduite.
Aujourd’hui les usines ne sont plus détenues par des capitaux français, les usines sont moins productives, la recherche est en panne, et par voie de conséquence nos formations régressent.
Etats-Unis, l’Etat est intervenu massivement pour développer un pôle « internet et réseaux », les GAFA, qui domine le Monde. Avec le programme Inflation Reduction Act, Joe Biden a injecté 1000 milliards de dollars dans l’économie.
En Chine, la politique industrielle conduit à inonder le Monde entier de produits de plus en plus sophistiqués (voitures électriques, panneaux solaires, électronique, …).
Maintenant tout le monde se rend compte que pour maintenir le niveau de vie et garder une certaine souveraineté, il est nécessaire d’avoir une politique industrielle qui ne peut pas être laissé au patronat et aux entreprises elles-mêmes.
Certaines mesures sont prises : la nationalisation des chemins de fer britanniques (à l’inverse de ce qui se continue en Union Européenne), la relance industrielle en Italie grâce aux fonds de relance européen, la prise de contrôle par l’Etat d’Edf (mais qu’il est difficile de définir une politique industrielle), , … mais tout cela reste ponctuel et bien d’autres actions devraient ou auraient dues être prises (prise de contrôle de l’acier, l’opposition à la prise de contrôle par un fond américain de Doliprane …).
Mise à part des effets d’annonce : la start-up nation, la nomination honorifique de Bayrou à la tête du Haut-Commissariat général au plan en 2020, pas de politique industrielle ni en Europe, ni en France. Cela ne pourra se faire que si on abandonne le dogme économique du libéralisme, et de la recherche constante et unique du profit à court terme. Il ne suffit pas d'attirer des capitaux, il faut aussi avoir la maîtrise de leur utilisation.
Tout reste à faire, comme le dit Aurore Lalucq en fin d’émission.