19 Mars 2024
Depuis tout temps la maîtrise de l’eau a été fondamentale (les Egyptiens gérant les crues du Nil, par exemple) et les catastrophes liées à l’eau aussi (le déluge biblique). Cela a souvent été l’objet de conflits (les barrages d’Assouan perturbant le cours du Nil, par exemple, ou la guerre du Golan entre Israël et la Syrie pour contrôler le cours du Jourdain).
Alors pourquoi ce sujet est de nouveau d’actualité ?
Un tiers de la population mondiale devrait voir (et voit déjà) sa ressource en eau diminuer de façon drastique dans les décennies qui viennent. " C’est le cas de tout le pourtour méditerranéen, de l’ouest des États-Unis, de l’Afrique australe ou encore de l’Australie".
Emmanuel Macron, le 16 novembre 2023, lors de sa visite d’État en Suisse a abordé la question du Rhône dont il souhaite augmenter le débit : Refroidissement des centrales nucléaires, production hydroélectrique, irrigation, industrie, eau potable…
Au moins pour ces raisons il importe que la puissance publique s’empare du sujet et prenne le contrôle de la gestion de l’eau.
La maîtrise de l’écoulement de l’eau :
NB : en ce qui nous concerne les implantations industrielles dans la plaine alluviale d’Achères et de Saint Germain et la construction d’un remblai imposant pour le Pont d’Achères le tout dans des zones inondables : n’est-ce-pas un peu jouer avec le diable ?
L’utilisation de l’eau doit être contrôlée :
La pollution des eaux :
Aujourd’hui toutes les eaux sont polluées aux pesticides et aux engrais (les algues vertes en Bretagne). Même les captages des eaux minérales naturelles sont pollués. Et devant ce fait, le gouvernement met à mal le Plan Écophyto cherchant à réduire le recours aux produits phytosanitaires.
Et l’eau potable du robinet :
Le montant du renouvellement des réseaux d'eau potable est estimé à environ 2,7 milliards d'euros ; pour l'assainissement à 2 milliards. Pour ces deux postes, le déficit d'investissement est respectivement estimé à 1,8 milliard et 1,4 milliard d'euros. Le volume de pertes en eau par fuite s’élève ainsi à 20%.
La distribution de l'eau potable est un service public confié aux collectivités territoriales qui en déterminent librement leur mode de gestion : soit elles assurent directement ce service sous la forme d'une régie ; soit elles le délèguent à une entreprise privée. Aujourd'hui, 69 % de la distribution de l'eau potable est assurée par trois groupes privés : Veolia se taille la part du lion avec 39 % contre 19 % pour GDF Suez et 11 % pour la Saur. Quant à l'assainissement, il est géré à hauteur de 54 % par ces trois mêmes opérateurs.
En 2021, le prix moyen de l'eau en France était de 4,34 € par mètre cube, toutes taxes comprises, dont 2,13 € couvrent le coût de production et de distribution de l'eau potable et 2,21 € celui de l'assainissement collectif (d'après OFB, 2023). Mais il y a une forte variabilité suivant les régions. Certaines communes, généralement de gauche) pratiquent un tarif progressif. C’était une promesse de campagne de François Hollande en 2012. Emmanuel Macron l’a préconisé en mars 2023 (voir présentation du plan eau). La gauche propose même que les premiers m3 (le nécessaire pour vivre) soient gratuits (c’est le sens de la proposition de loi du 11/10/2022).
La majorité des communes (69,6%) ont aujourd'hui transféré leurs compétences eau et assainissement vers les EPCI, notamment en application de la loi Notre de 2015). Initialement ce transfert devait avoir lieu totalement avant le 1er janvier 2020, mais une loi de 2018 a repoussé ce délai en 2026, permettant même en 2019 de redéléguer sous certaines conditions la gestion des compétences eau et assainissement aux communes ou aux syndicats communaux. Une proposition de loi déposée en avril 2023 par le groupe communiste veut supprimer cette contrainte de 2026 et garantir le libre choix des communes en matière de gestion des compétences « eau » et « assainissement ».
Qu’en est-il sur notre territoire
La SEFO a été reprise par une multinationale Aqualia, société qui s’est signalée lors de la privatisation de la gestion de d’eau sous Pinochet.
Sur GPS&O, Suez, SEFO, Saur, Veolia et SCLEP se partagent les marchés d’eau et d’assainissement collectif. Seuls deux communes restent directement gérées par GPS&O : Limay et Guitrancourt. La ville de Limay a instauré dès 2015 le « droit à l’eau pour tous » pour ses habitants.
En conclusion
La gestion de l'eau est bien trop importante pour être soumise aux lois du marché et être confiée à des intérêts privés. Les pouvoirs publics doivent garder la main sur ce sujet dans tous les domaines. Veillons-y.
Marc-Noël Vandamme et Jean-Luc Huet