7 Mars 2021
La prise de conscience des femmes trouve son origine dans le mouvement féministe qui s’est développé à la fin des années 1860, au cours desquelles des organisations féministes et socialistes ont été créées pour théoriser les luttes spécifiques des femmes face aux inégalités sociales, civiques, de genre, de classe, et de religion.
L’insurrection du 18 mars 1871 et les 72 petits jours que dura la Commune de Paris a été pour les femmes l’occasion de mettre en place ces objectifs sociaux, féministes et socialistes qu’elles avaient préalablement théorisés.
Des femmes qui venaient de tous les milieux
Il s’agissait pour le plus grand nombre d’entre elles d’ouvrières, de brodeuses, de modistes qui, toutes venaient notamment des métiers du textiles.
On y trouvait des femmes comme Marie Rogissant, couturière qui fut vice-présidente du club de l’église St Eloi et qui organisa la recherche des réfractaires au service de la garde nationale.
On y trouve aussi Marie Lemonnier, apprêteuse de neuf, déléguée au comité de vigilance de Montmartre qui a servi comme ambulancière sur le champ de bataille et participé aux barricades. Elle s’est aussi investie pour obtenir des écoles professionnelles et des orphelinats laïcs.
Enfin, on y trouve également des intellectuelles, des institutrices, des journalistes et des romancières :
· André Léo (pseudonyme de Léodile Champeix) romancière et journaliste,
· Paule Mink, oratrice qui fonda en 1868 la Société fraternelle de l’ouvrière (en photo à droite)
· Louise Michel, institutrice et pédagogue qui inventa des méthodes actives d’enseignement, (en photo au centre)
· Elisabeth Dmitrieff, proche de Karl Marx et fondatrice de l’Union des femmes pour la défense de Paris
Ces trois dernières avaient fondé en 1866 la société pour la revendication des droits de la femme et s’engageaient pour « le droit à une école primaire laïque pour les filles, l’égalité d’accès au travail et l’égalité civique des femmes mariées »
L’œuvre des femmes pendant la Commune de Paris
Elle se traduit par des actions militantes de toute sorte et dans tous les domaines pour défendre et faire aboutir l’avènement d’une société républicaine, égalitaire, socialiste et féministe.
· Les femmes ont fondé des sociétés, des clubs, des comités de vigilance qui leur ont permis de participer à la vie politique et sociale de la Commune de Paris et d’y prendre une véritable place.
· Elles participèrent activement à tous les combats de Commune dans et hors Paris contre les versaillais (lors de la semaine sanglante du 21 au 28 mai) mais aussi contre les prussiens. Ainsi, Louise Michel a-t-elle participé aux combats aux côtés du 61ème bataillon de la garde nationale.
· Les femmes ont apporté un soutien inestimable pendant les combats comme ambulancières, cantinières et soignantes sur les champs de bataille.
· Ce sont elles qui ont été les premières à s’interposer au petit matin du 18 mars 1871 entre la troupe et l’artillerie pour défendre les canons entreposés à Montmartre qu’Adolphe Thiers voulait récupérer.
· Les femmes ont investi le champ politique et social par la création de journaux (André Léo « La sociale ») ou dans lesquels elles ont écrit (André Léo et Louise Michel dans « La commune » et « Le cri du peuple ») Elles ont ainsi leurs idées, leurs revendications, leurs propositions sur tous les sujets : enseignement, éducation, organisation du travail, égalité des salaires, égalité civique….
Mais quelle injustice face à l’histoire !
Que reste-t-il dans l’histoire de la Commune de Paris du rôle des femmes qui ont été des milliers à prendre conscience qu’elle n’avaient rien à perdre et tout à gagner de cette « ère nouvelle » qui leur apporterait la reconnaissance de leur dignité , de leur rôle, au même titre que celui des hommes, dans la société de progrès à laquelle elles aspiraient ?
· L’histoire n’a fait que dépolitiser le rôle des femmes dans la Commune de Paris ne retenant que leur rôle traditionnellement féminin mais gommant leur implication dans la construction sociale et politique d’une République égalitaire.
· Pire, l’histoire assimilera ces femmes à la figure de la « pétroleuse », femme hystérique qui, durant la semaine sanglante, aurait, selon la légende, mis le feu dans Paris.
· L’histoire oubliera très vite le rôle des femmes dans les combats qu’elles ont menés au côté des hommes contre les versaillais et pour défendre Paris.
· A l’exception de Louise Michel et peut-être de quelques autres, Paule Minck, André Léo, Nathalie Lemel, Louise Modestin, ces milliers de femmes sont aujourd’hui inconnues et surtout non reconnues.
Elles n’ont cependant pas été oubliées lors de la répression du gouvernement qui a suivi la semaine sanglante (21-28 mai) : A l’exception de celles qui ont été fusillées (une cinquantaine) parce que prises les armes à la main, 1051 femmes sont passées devant le conseil de guerre, 251 ont été condamnées aux travaux forcés, à la déportation dans une enceinte fortifiée ou à une déportation simple.
Il faut aujourd’hui se souvenir du courage et du sacrifice de toutes ces femmes. Les revendications, les projets, les rêves qu’elles ont portés pour construire une République juste et solidaire ont inspiré l’œuvre immense de la III ème République et au XXI ème siècle restent d’une actualité brulante.
Pierre Bouhours
Sources : « L’histoire » « pas de révolution sans les femmes » Carolyn J. Eichner, professeur à l’université du Wisconsin à Milwaukee.
Sources : « Petit dictionnaire des femmes de la commune », Claudine Rey, Annie Gayat, Sylvie Pepino, éditions « le bruit des autres » -Les amis de la Commune de Paris 1871.
Pierre Bouhours