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La table ronde de la gauche

17 octobre, des centaines de milliers de Français dans la rue.

Ce 17 octobre 2026, nous étions des centaines de milliers de Français dans la rue.
Nous avons manifesté pacifiquement, brandissant des banderoles en carton, des drapeaux, entonnant des chants et dansant.
Nous étions là pour soutenir les jeunes lycéens, qui nous rappellent que tout peut encore changer, à condition de s’en donner les moyens.
La jeunesse déborde d’une énergie positive et communicative. À son contact, malgré les turpitudes du quotidien, on se sent pousser des ailes.
Nous avons manifesté tout l’après-midi dans la joie et la bonne humeur, portés par l’espoir et la conviction que notre mobilisation ne pouvait pas passer inaperçue.
Nous sommes rentrés chez nous en nous disant que notre message avait nécessairement atteint le gouvernement, les responsables politiques, les oligarques et tous ces Français qui refusent encore d’entendre notre détresse.

 

Et puis, en rentrant chez soi, c’est la douche froide.
Les médias, tous les médias ou presque, ne relaient rien de notre mobilisation. À la place, ils nous décrivent en boucle, en répétant inlassablement les mêmes mots, comme pour les imprimer dans tous les esprits : les manifestants cassent et pillent les magasins ; les manifestants brûlent la mairie de Limoges.
Mais pourquoi dire « les manifestants » ?
Ceux qui sont descendus dans la rue pour défendre leurs droits ne sont pas ceux qui cassent, pillent et brûlent. Alors pourquoi amalgamer toute une mobilisation citoyenne aux actes de quelques individus ? Pourquoi réduire au chaos une journée de manifestations pacifiques, porteuses d’espoir et de solidarité ?
À Paris, les manifestants ont été gazés place de la République. Des milliers de CRS ont été déployés dans la capitale et ailleurs en France pour contenir les foules, les encercler, disperser les rassemblements et intimider violemment les manifestants. Des moyens considérables sont mobilisés par le gouvernement pour réprimer ce mouvement citoyen.
Et pendant ce temps, les médias, toutes chaînes confondues , y compris France Info et LCI ce qui me choque particulièrement, puisque CNews et BFM nous ont malheureusement habitués à ce type de traitement, s’emploient à nous présenter comme ceux qui cassent, pillent et brûlent le pays.
Mais à qui profite ce récit ?
Au Rassemblement national ? À la droite au pouvoir ? À ceux qui contribuent, par leurs décisions et propagande, à installer la précarité et la misère, puis semblent se nourrir du chaos qu’elles engendrent ? Je m’interroge. Car lorsqu’une mobilisation citoyenne est ainsi réduite à ses débordements possiblement commandités par le gouvernement ou des milices RN, lorsqu’on invisibilise les revendications, on finit par détourner le regard de ce qui a poussé des centaines de milliers de personnes à descendre dans la rue.
Les manifestants seront toujours plus nombreux, j’en suis convaincue, car je ne peux pas être la seule à ressentir ce malaise. J’imagine que beaucoup, en rentrant chez eux, ont éprouvé la même sidération en découvrant le décalage entre ce qu’ils venaient de vivre et ce que les médias en racontaient. Comment accepter que notre mobilisation, notre espoir et notre détresse soient ainsi éclipsés au profit d’un récit qui sert des intérêts politiques et économiques ?
Les grands médias dépendent de groupes et d’actionnaires dont les intérêts méritent d’être interrogés. Notre souffrance nourrit une propagande au service d’une vision autoritaire et capitaliste de la société. C’est insupportable.
Je suis profondément choquée. Et j’espère sincèrement que cette dérive des médias au service du pouvoir suscitera une indignation bien au-delà des seuls manifestants.
Notre colère, notre espoir et notre engagement sont légitimes.
Bien sûr, les débordements existent et doivent être examinés pour ce qu’ils sont mais ils n’ont pas de rapport avec notre mobilisation et ne doivent pas servir de prétexte pour invisibiliser celles et ceux qui manifestent pacifiquement. L’origine de ces casseurs n’étant pas établie, les médias n’ont pas à nous faire porter le chapeau surtout quand ils se gardent bien de montrer la violence que subit les manifestants.
Nous manifestons pour nos droits, pour une meilleure éducation, contre le fascisme, pour notre pouvoir d’achat et tous nos services publics. Il nous faut plus de justice sociale. Nous descendons dans la rue pour être entendus car il faut que cela change et vite car nous sommes à bout. Nous sommes gazés, encerclés, parfois confrontés à des interventions policières particulièrement violentes.
Nous sommes particulièrement courageux et le pays tout entier doit y être sensible car ce qui nous rassemble nous unit et nous rend plus forts. C’est le principe même de la nation.
Alors, ne lâchons rien.
La France va mal. Il est plus que jamais nécessaire de faire entendre nos revendications et de refuser la désinformation, d’où qu’elle vienne.
Continuons à témoigner de ce que nous vivons. Partageons nos expériences. Interrogeons les récits médiatiques. Exigeons des informations honnêtes, pluralistes et fidèles à la réalité du terrain. Battons nous pour nos droits.
Courage à toutes et à tous.
Gil-Johanna Vinsot
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