27 Décembre 2020
LE REVENU UNIVERSEL, L’EMPLOI ET LES ENTREPRISES
Le revenu universel vient rompre le lien exclusif entre emploi et revenu.
L’emploi ne sera pas, pour autant, supprimé car il constituera toujours une source de revenu primaire à côté des revenus secondaires (revenu de transfert) que sont les revenus liés à la protection sociale.
Cependant, le revenu universel constitue une deuxième forme de revenu primaire continu, stable, et inconditionnel qui ne peut être interrompue par des accidents propres à l’emploi (le chômage par exemple) par des indemnisations limitées dans le temps et par les aléas du marché du travail.
Le revenu universel acte la possibilité pour les individus de participer à des activités non salariées hors de l’emploi, comblant le vide qui existe aujourd’hui entre emploi et loisir.
En tant que deuxième forme de revenu primaire, le revenu universel délie le salarié du strict contexte « production/consommation » objet unique du système capitaliste.
DES REACTIONS A LA MISE EN PLACE D’UN REVENU UNIVERSEL
Différents projets de revenu universel (principalement celui de Benoît Hamon) mettent l’accent sur le fait que le revenu universel appliqué aux emplois précaires permettra de définir de nouveaux rapports au travail et de modifier le rapport de force employeurs/salariés dans l’entreprise.
Anne Eydoux, économiste et membre du collectif des économistes atterrés, chercheuse au Centre d’Etude de l’Emploi et du Travail (CEET) considère que ce type de projet (le LIBER), marqué par la simplification du système fiscal, le démantèlement du rôle de l’Etat et la nécessité du libre jeu des lois du marché, n’est qu’un accommodement avec la précarité. Les bénéficiaires et en particulier les salariés précaires, seraient libérés par un revenu qui n’est qu’un « solde tout compte ».
Pour Jocelyne Cabanel, secrétaire nationale de la CFDT, Le revenu universel doit donc être adossé à un contrat social et que chacun dispose d’un emploi de qualité (contrairement aux emplois précaires).
Boris Plazzi, responsable à la CGT de la mission confédérale sur les salaires voit avec l’instauration d’un revenu universel l’occasion pour le patronat de faire pression sur les salariés (en termes d’emploi à plein temps par exemple).
Pascal Pavageau, secrétaire confédéral FO considère que si le revenu universel est d’un montant faible, « il n’aura aucune incidence sur les possibilités qu’il aurait pu offrir aux salariés précaires de peser sur les niveaux de salaire proposés par le patronat».
D’autres voix à FO, mettent en avant d’autres risques, notamment celui pour les employeurs de s’inscrire durablement dans une politique de modération des salaires du fait même de l’existence d’un revenu qui apporte des ressources supplémentaires au salarié.
L’existence d’un revenu universel peut aussi conduire à d’autres risques tels que des conditions plus difficiles pour les syndicats de négocier des augmentations de salaire, donc d’affaiblir la négociation et une déresponsabilisation des employeurs.
IL FAUT ETENDRE LA VALEUR CLASSIQUE DU TRAVAIL
Aujourd’hui, la valeur travail s’inscrit dans une définition limitée et constitue la pierre angulaire du modèle social français. Les luttes ouvrières depuis le XIX ème jusqu’aux récentes protestations contre la casse du code du travail en 2016 et 2017 en témoignent.
Avec l’instauration du revenu universel, la valeur travail doit changer.
Cette valeur doit évoluer d’une conception classique (production et création de richesses dans l’entreprise) à une extension au travail hors production.
La valeur travail évoluerait vers une valeur où le travail serait reconnu comme un bien commun de la société qui reconnaitrait toutes formes de travail, productif ou non , permettant à chacun, salarié ou non, mais en tout état de cause actif, d’acquérir la dignité, l’intégration et la considération sociale qu’évoque Denis Clerc.
Une telle évolution permettrait d’éviter le risque d’apartheid social et dans lequel on trouverait des citoyens productifs et une sorte de sous citoyens non productifs, bénéficiaires du revenu universel.
Au bout du compte, il est évident, que la valeur travail telle que nous la connaissons reste la valeur de référence dans la société même avec l’instauration d’un revenu universel. Cependant et malgré tout, l’existence même d’un tel revenu implique que la valeur travail soit enrichie des éléments liés à une nouvelle forme de travail qui s’inscrit hors du champ actuel des cycles de production.
LE REVENU UNIVERSEL, EMPLOI ET AUTOMATISATION
Jusqu’à présent, l’automatisation s’est toujours accompagnée de création d’emplois dans d’autres secteurs même si les
changements technologiques vont plus vite que la compensation par des nouveaux emplois.
L’orientation des gains de productivité tirés de l’automatisation est un frein à la création de nouveaux emplois lorsqu’ils sont captés par le système capitaliste comme c’est le cas aux Etats Unis où la Silicon valley les a récupérés.
A l’inverse, une redistribution de ces gains sous forme d’augmentation de pouvoir d’achat favorise la création de nouveaux emplois qui compensent les emplois supprimés du fait de l’automatisation.
La taxe sur les robots pourrait répondre à la nécessaire création de nouveaux emplois et servir à financer partiellement un revenu universel.
PB
Sources : Les dossiers d’Alternatives économiques N°10-Juin 2017, « Revenu universel, comprendre le débat »
A suivre : Revenu universel /égalité hommes /femmes et conclusion