27 Avril 2021
Faire du vaccin contre le COVID-19 un « bien public mondial » qui « n’appartiendra à personne, mais nous appartiendra à tous » disait Emmanuel Macron en mai 2020. « Un bien public mondial dont la mise à disposition ne constitue un privilège réservé aux pays les plus offrants » demandait l’UNESCO en février.
La réalité est cependant bien loin de ces déclarations. Il faut dire que cette notion contredit les traités internationaux de libre-échange et de propriété intellectuelle encadrés par l’organisation mondiale du commerce (OMC).
Ces biens publics mondiaux, ou biens communs, sortent de la sphère marchande du système économique mondiale. Ils se définissent en termes de droits humains fondamentaux, comme la santé, le savoir (recherche scientifique), la communication (internet), mais aussi l’environnement (climat, biodiversité ...), patrimoine commun de l’humanité, … Et ceci explique les forces importantes qui s’opposent à la concrétisation de cette notion.
Aujourd’hui les Etats ont financé la recherche de vaccins de leurs laboratoires, avec en contre partie des garanties de livraison. Les laboratoires privés ont protégé les résultats de leur recherche par des brevets et entendent tirer profit de la commercialisation des résultats de leur recherche de façon d’une part à rémunérer leurs actionnaires et d’autre part à financer les prochaines recherches.
Le chef de l'OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a dénoncé, lundi 22 mars, l'inégalité d'accès aux vaccins anti-Covid entre pays riches et pauvres : "L'écart entre le nombre de vaccins administrés dans les pays riches et le nombre de vaccins administrés via Covax se creuse et devient chaque jour plus grotesque" … "Le partage des vaccins est dans l'intérêt de tous les pays"…. "Il y a eu beaucoup de promesses, de soutien en faveur de l'équité vaccinale" " il faut maintenant "joindre le geste à la parole".
En fait, c’est tout ce système en place qu’il faudrait remettre en cause :
C’est dire une véritable révolution du système économique de la santé qu’il faudrait opérer sans nuire à l’efficacité de la vaccination.
Une fois en 2001 une dérogation a autorisé les Etats à délivrer une « licence obligatoire » et à produire des médicaments génériques pour des raisons de santé publique. C’était en pleine crise du SIDA. « C’est la peur des pays riches pour leur propre sécurité qui a permis la généralisation des trithérapies contre le SIDA » dit Bruno Boidin professeur à l’université de Lille. Peut-être il en sera de même avec le programme Covax qui précise que les vaccins « doivent profiter à tous les pays en s’appuyant sur un système de financement mondial ». Espérons-le, Réclamons-le.
L’exemple est criant sur les vaccins, mais il en va de même sur l’accès à l’énergie, à l’eau, à l’éducation, dont les plus démunis ont des difficultés d’accès. Donner à tous un libre accès au progrès de l’humanité, quel bel objectif !
Pour approfondir :
Marc-Noël Vandamme