5 Février 2024
La loi immigration
Cette loi, même après les censures du conseil constitutionnel, reste profondément brutale et injuste. Il nous faut la condamner, tant elle s’oppose aux idées de bienveillance qui doivent nous guider en permanence.
Mais au-delà du fond de cette loi, la méthode utilisée par Emmanuel Macron est condamnable et antidémocratique au possible : la loi qui a été promulguée n’a jamais été voté par le parlement et ne l’aurait jamais été compte-tenu des oppositions de droite. Emmanuel Macron a usé Elisabeth Borne, en lui fixant des objectifs impossibles, a abusé la droite et l’extrême droite en lui faisant croire que la loi incorporerait l’ensemble de leurs amendements, alors qu’il savait qu’elle allait être censurée, s’est servi de sa majorité pour lui faire voter une loi qu’au fond elle-même contestait, et a instrumentalisé le conseil constitutionnel.
On pourrait dire qu’en se servant de tout le monde, il a été efficace puisqu’il a obtenu à peu près la loi qu’il voulait, mais à quel prix : la droite remet en cause le conseil constitutionnel et la constitution et la population se fait à l’idée que la politique n’est que combines, manœuvres et coups bas.
Le remaniement ministériel
Le gouvernement est normalement là pour se mettre au service et mettre en œuvre des politiques qui servent les citoyens.
Qu’en est-il avec ce nouveau gouvernement ?
Le premier ministre n’a aucune expérience : toute sa vie il a cherché à faire progresser sa carrière, en se servant de ses diverses nominations. Il manquait un peu de carrure pour se présenter aux élections présidentielles de 2027, ce nouveau poste lui permettra de l’acquérir. Il n’a pas d’autre vision politique que ses préjugés de grand bourgeois et sa forte volonté de « réussir dans la vie ».
Pour la ministre de la Culture, , sa nomination est un moyen de conquête de la mairie de Paris elle ne s’en cache même pas. La Culture, elle s’en fout, l’essentiel est que maintenant elle aura l’investiture Renaissance aux prochaines élections municipales, ce qui à ces yeux était nécessaire pour espérer gagner ces élections.
Catherine Vautrin, sarkosiste, opposée au mariage pour tous, donne une caution de droite pour un ministère sensible le travail et la santé… tout un programme.
Sans parler de la ministre de l’Education Nationale en charge aussi de la jeunesse, du sport et des jeux olympiques. Les premières paroles de cette grande bourgeoise ont été de dénigrer l’Education Nationale et de promouvoir l’école privée.
Quid de l’environnement qui perd l’énergie (comme si les deux sujets n’étaient pas étroitement liés) et qui se retrouve déléguer en dernier poste dans la liste protocolaire.
Enfin ne pas affecter le logement, l’un des problèmes principaux des Français en dit long sur l’intérêt porté par Emmanuel Macron sur le sujet.
Tout le monde le reconnait : ce gouvernement est là pour la campagne électorale des européennes, la jeunesse du premier ministre pour contrer celle de Jordan Barbela. On a privilégié la communication et les symboles au travail ardu des dossiers. Est-ce vraiment le rôle d’un gouvernement ?
Par ailleurs le fait d’attendre plus d’un mois pour la suite des autres nominations n’est pas le fait du hasard : cela permet d’éviter toute contestation sur le remaniement et la politique générale de tous ceux qui espèrent encore une place dans le futur gouvernement complet : que ne ferait-on pas pour avoir un strapontin ?
Les discours de politique générale
La longue conférence de presse d’Emmanuel Macron, avant le discours de politique générale de son premier ministre, était là pour montrer que c’était lui le patron.
Des allures de Vieille France, avec des relents de pétainisme « Famille, Travail, Patrie », de slogans à la Zemmour « Pour que la France reste la France ». A force de vouloir « trianguler » (prendre les idées et les slogans de ces adversaires), on perd les repères et in fine on favorise la montée de l’extrême droite. Les sujets essentiels, l’Education Nationale, la Santé, le logement, la lutte contre les inégalités, l’environnement, …ont été négligés.
Il en va de même dans le discours de politique générale :
La crise agricole
Le problème est simple à comprendre : une bonne partie du monde agricole a du mal de vivre de son travail. La raison provient des prix agricoles qui ne permettent plus d’assurer des revenus décents. Par ailleurs les importations, avec des normes environnementales moins contraignantes créent une concurrence déloyale et pousse à la baisse des prix.
Pour compenser on leur accorde des aides, avec des formulaires à remplir…
Pour répondre à ces contestations, le gouvernement a vite fait de trouver deux boucs émissaires :
Il ne viendrait pas à l’idée de restreindre les importations qui ne répondent aux normes de façon à ce que tous les produits soient de bonne qualité et de fixer des prix minima aux produits de façon à assurer un revenu décent aux agriculteurs. Cela fausserait les marchés et le libéralisme et même pourrait nuire à certains agriculteurs, les plus riches, qui exportent leur produit et qui contrôlent la FNSEA.
Encore une fois la grogne passera, mais jusqu’à temps.
Et là-dedans que fait la gauche ? : elle est inaudible … Au-delà des critiques de la situation actuelle (somme toute faciles), il nous faut proposer un changement de société vers une société de partage et de respect où il fera bon vivre … Chaque pas vers cette nouvelle société est une avancée, allons dans ce sens …
Marc-Noël Vandamme