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La table ronde de la gauche

Jules Durand : un exemple de la face sombre de notre économie

 

 

Quelques rappels …

A la mi-août 1910 les syndicats des ouvriers charbonniers du Havre (des dockers) lancent une grève illimitée « contre l’extension du machinisme, contre la vie chère, pour une hausse de salaire et le paiement des heures supplémentaires » que les compagnies portuaires et maritimes essaient d’enrayer en embauchant, à bon prix, des anti-grévistes.

Le 9 septembre, une rixe entre grévistes et non-grévistes éclate, un contremaitre anti-gréviste y trouve la mort.

Le 11 septembre, Jules Durand, l’un des principaux animateurs de la grève, est inculpé pour complicité d’assassinat, guet-apens et crime avec préméditation. Une dizaine de témoins, soudoyés par la Compagnie générale transatlantique, qui espère ainsi arrêté la grève, témoignent contre lui.

Le 25 novembre, le verdict du jury, « largement recruté dans la riche bourgeoisie", tombe : la peine de mort.

Le 31 décembre, il est gracié, sa peine étant commuer en 7 ans de réclusion criminelle, puis le 16 février 1911 il est enfin libéré. Cependant, ses événements l’ont rendu fou, et il doit être interné le 30 mars 1911. Il faudra attendre le 15 juin 1918 pour qu’il soit totalement innocenté, sans que les auteurs des faux témoignages soient poursuivis. Il meurt en asile psychiatrique à 45 ans le 25 février 1926.

Quelles leçons en tirer …

Le monde des affaires est loin d’être un monde bisounours où les droits sont respectés. Le moteur de l’économie reste la recherche du profit et la rémunération des actionnaires. Et cette recherche conduit souvent à des actes inqualifiables que la société a du mal à condamner.  

  • On achète des études qui prouvent que la non-nocivité du tabac (cigarettiers), le non- réchauffement climatique (les pétroliers).
  • On paye d’autres études pour nier l’impact sur la santé des pesticides ou du bisphénol A (les chimistes).
  • On tergiverse sur les maladies provoquées par l’amiante (les métallurgistes), on sur le retrait de médicaments qui se montrent néfastes à la santé (industries pharmaceutiques) de façon à garder le plus longtemps sur le marché ces produits qui « rapportent » et réduire au maximum les indemnisations aux victimes.
  • On triche sur la qualité environnementale des produits (le dieselgate pour les voitures).
  • On fait de la publicité pour augmenter la consommation de produits qui peuvent conduire à  des situations  dramatiques (alcool, soda sucré entrainant l’obésité y compris chez les enfants).
  • On néglige les mesures de sécurité pour des installations dangereuses (affaire Lubrizol).
  • On corrompt les décideurs politiques pour l’obtention de certains marchés alors que l’utilité des projets n’est pas avérée (les projets inutiles, le BTP, …).
  • On organise l’évasion fiscale vers des paradis fiscaux.
  • On utilise le travail des enfants pour réduire les coûts.
  • On exploite le travail des travailleurs sans papier.
  • On s’affranchit des règles de sécurité pour augmenter la productivité.
  • Etc… 

 

Bref, dans le monde des affaires, tout semble permis pour assurer la rentabilité des capitaux employés. Et tout ceci conduit dans la population à des comportements complotistes où la confiance dans tout ce qui se dit est remis en cause. On ne croit plus en rien. En face de cela, les moyens de contrôle sont dérisoires et ont tendance à se réduire : inspection du travail, médecine du travail, agence du médicament pour l’autorisation de mise sur le marché d’un médicament, services de contrôle de l’hygiène alimentaire et contrôle sanitaire, contrôle des installations dangereuses.

Souvent l’économique est opposé à l’humain, la santé, l’environnement, la sécurité, … et souvent l’économique gagne.

En fait c’est la raison d’être des entreprises qui est à remettre en cause : l’entreprise ne doit plus avoir pour objectif de maximiser le profit de ses propriétaires ou actionnaires, mais satisfaire un besoin sociétal en rémunérant les financements qui lui sont accordés, en rémunérant correctement le travail qui lui procurent ses employés, en préservant l’environnement qui l’entoure et en contribuant à l’effort collectif en payant des impôts. C’est toute la démarche RSE (responsabilité sociétale des entreprises), ainsi que l’ESS (Economie Social et Solidaire) qui aujourd’hui se développe péniblement.  Nous aurons l’occasion d’en reparler. Voir l'article sur la RSE 

Marc-Noël Vandamme 

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