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La table ronde de la gauche

La gestion de la dette

La crise sanitaire et le plan de relance de l’économie ont abouti dans tous les pays à un accroissement de la dette. Il y a deux façons de financer cette injection de monnaie dans l’économie, la dette ou la création de monnaie.

Depuis la mise en place de l’Euro, seule la banque centrale européenne peut créer de la monnaie. A l’origine et jusqu’à récemment les Etats européens étaient obligés de s’endetter sur le marché financier. Aujourd’hui la Banque Centrale Européenne a repris à son compte une partie de la dette des Etats.

En fait, en ces temps de taux d’intérêts quasi nuls, le problème de la dette ne se pose pas dans l’immédiat : la France rembourse sa dette à échéance en contractant de nos emprunts et le coût de la dette reste faible compte-tenu des taux d’intérêts. Ces taux d’intérêts resteront vraisemblablement faibles, tant que les plans de relance seront en vigueur (injection d’argent dans l’économie par les Etats). C’est à la fin des plans de relance que l’on peut craindre une remontée des taux et donc des soucis pour les Etats endettés.

 

La dette des pays européens a deux volets :

  • Le premier vis-à-vis du marché, ne pas la rembourser nous placerait dans une situation difficile parce qu’elle nous contraindrait à ne plus emprunter.
  • Le second vis-à-vis de la Banque Centrale Européenne. Celle-ci a deux sources pour financer ses prêts, le recours à l’emprunt sur le marché qu’elle doit rembourser, pour les mêmes raisons que les Etats, et la création de monnaie. On voit bien ainsi que la BCE peut ainsi étaler le remboursement des prêts qu’elle consent, voire les annuler. Cela suppose un accord politique entre l’ensemble des Etats qui composent l’UE qui doit être équitable et solidaire. Un tel accord d’étalement est certainement difficile à obtenir mais certainement souhaitable. Une partie de la dette (dette COVID de quelques centaines de milliards d’euros) pourrait ainsi être isolée, et faire l’objet d’un traitement spécial.
    « L’annulation des dettes publiques que la BCE détient constituerait un premier signal fort de la reconquête par l’Europe de son destin » appel de 150 économistes européens de 13 pays voir le journal Le Monde du 2/05/2021.

 

Les règles budgétaires de l’UE imposaient un plafond de dette et de déficit budgétaire. Ces règles ont été suspendues jusqu’en 2022, c’est-à-dire demain. La négociation entre Etats risque sur ce point d’être délicate, d’autant que l’UE finance directement une partie de la relance et qu’elle pourrait conditionner ce financement à l’applications de règles communes. 

La solution passe bien par l’UE. Il faut :

  • Accroître le plan de relance et surtout bien le cibler sur l’accroissement du pouvoir d’achats et sur les investissements d’avenir.
  • Isoler la part de la dette « différable », celle contractée auprès de la BCE, et obtenir des conditions de remboursement ou d’effacement de cette dette sur le long terme.
  • Revoir les règles financières communes de l’Union Européenne.

 

Toute autre approche risque de faire capoter le plan de relance européen et d’entrer dès la fin de la crise sanitaire dans une politique d’austérité qui pénalisera fortement les familles les plus défavorisées en favorisant les marchés financiers et en aggravant les inégalités. 

« Si demain la logique est de serrer les boulons, nous irons droit dans le mur » Laurent Berger Le journal Le Monde du 5/05/2020  

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