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La table ronde de la gauche

La recherche en France à l'aune du néolibéralisme

La loi de programmation pluriannuelle de la recherche (LPPR) a été adoptée par l’Assemblée nationale par 188 voix contre 83.

En France le secteur de la recherche est en retard au regard des autres pays de l’OCDE. « Les dépenses de recherche et développement atteignaient difficilement 2,2 % du PIB, elles dépassent les 3 % dans des pays comme l’Allemagne, la Suède ou le Japon » précise Eva Mignot dans un article déposé le 18/11/2020 sur le site d’Alternatives économiques.

La loi LPPR de Frédérique Vidal , ministre de la recherche, doit « permettre à la recherche de rivaliser au niveau international avec les grandes universités ». Elle prévoit que 25 milliards seront débloqués sur les 10 prochaines années pour rattraper le sous financement de la recherche.

Mais qu’en est-il réellement ? Thibaud Mulier, maître de conférences en droit public à l’université de Nanterre, note que «Il faut savoir que la loi de programmation ne contraint pas le législateur financier. Rien ne garantit que cette augmentation sera appliquée sous les gouvernements qui vont succéder à celui-ci, ou ne sera pas mise de côté dans un contexte de crise budgétaire »  

La suppression de la procédure de qualification prévue par l’article 3bis de LPPR

Jusqu’à présent, tout candidat à un poste de maitre de conférences ou professeur des universités doit passer devant le Conseil National des Universités (CNU) qui lui délivre une qualification pour lui permettre de postuler au grade de professeur des universités.

L’article 3bis, en supprimant cette qualification, touche à l’indépendance de la CNU en même temps qu’il instaure un report de compétence au profit des établissements universitaires qui disposeront d’une plus grande liberté dans le recrutement de leur personnel enseignant.

La Conférence des présidents d’université (CPU) a exercé sur le gouvernement un lobbying en préconisant de « donner aux universités la maîtrise de leur recrutement en modernisant les procédures et en supprimant le préalable de la qualification ».

Par ailleurs, pourquoi avoir introduit cet article 3bis dans la LPPR sachant que la question de la qualification n’aurait due  être traitée qu’après la promulgation de la LPPR ? C’est la question que pose Philippe Aubry, secrétaire général au SNES-SUP : «on a l’impression qu’il y a une volonté d’étouffer la voix des universitaires ».

Autre point de contestation : les appels à projet

La loi de programmation pluriannuelle de la recherche les poursuit et les intensifie. Au regard des financements et notamment de l’absence au recours à des crédits récurrents, associés à la baisse des moyens en personnel due à la réduction des budgets, les enseignants-chercheurs sont dans une situation précaire : de moins en moins de temps consacré à la recherche et de plus en plus de temps à consacrer à répondre aux appels à projet, à monter des dossiers de candidatures et  à rechercher les financements nécessaires et ce, avec une faible probabilité de réussite.

Des enseignants-chercheurs précaire

La LPPR prévoit des « contrats à durée indéterminée de mission scientifique » qui devrait résoudre le problème  actuel des contrats courts. Les contrats prévus par la LPPR seront allongés pour « stabiliser les personnes » selon la ministre de la recherche.

Ce n’est pas l’avis de Philippe Aubry qui pointe « le risque que la durée de ces contrats dépende des projets qui pourront s’arrêter à tout moment »

Autre point de crispation, la LPPR crée  des chaires de « professeur junior «  permettant aux enseignants-chercheurs de disposer de contrats leur donnant accès à « une potentielle titularisation dans le corps des professeurs d’université ou des directeurs de recherche à l’issue d’une période de trois à six ans au cours de laquelle l’impétrant sera mis à l’épreuve ».

Le risque que pressentent les syndicats est que « se développe une course à la performance avec la mise en place d’objectifs inatteignables pendant la période d’essai, venant remettre en cause la titularisation promise »

Programmation budgétaire insincère, indépendance des enseignants remise en cause (suppression de la qualification, contrats), principe d’égalité non respecté (multiplication des contrats publics ou privés) qui remet en cause l’unité du corps des enseignants-chercheurs, c’est ce que retient de cette loi de programmation pluriannuelle de la recherche Raphaël Maurel , maître de conférence en droit public à l’université de Bourgogne.  

Le texte de la LPPR est entre les mains du Sénat mais le vote est pratiquement acquis. Reste une saisine du Conseil constitutionnel.

Des espoirs donc mais ils sont minces constate Eva Mignot.

 

Source « Enseignement, la loi sur la recherche fait l’unanimité contre elle » article d’Eva Mignot déposé sur le d’alternatives économiques le 18/112020. www.alternatives-economiques.fr

PB

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V
on pourra aussi consulter sur le sujet : l'article du Monde du 16/11/2020 : "Les avancées en trompe-l’œil de la loi de programmation de la recherche, censée empêcher le décrochage de la France"<br /> et l'article du Monde du 25/11/2020 : « Les conditions de préparation et d’adoption du projet de loi de programmation de la recherche sont indignes de la réforme dont nous avons besoin » Un collectif de plus de 4 600 chercheurs demande au chef de l’Etat, dans une tribune au « Monde », de procéder à une nouvelle délibération de la loi.<br />  
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