26 Janvier 2023
Il y a de cela quelques décennies, le départ en retraite était pour certains un passage difficile. Certains ouvriers se plaignaient d’avoir été mis en cessation anticipée d’activité. Bernard Lavilliers dans sa chanson « les mains d’Or » exprimait le sentiment d’un ouvrier contraint d’arrêter de travailler, comme un sentiment d’inutilité sociale.
Aujourd’hui je ne connais personne qui, dans les années précédant la retraite, ne souhaite y avoir droit au plus tôt. C’est que les conditions de travail sont devenues plus stressantes (burn-out, pénibilité, …), la productivité toujours plus recherchée, …
Les salariés sont devenus des ressources, des ressources humaines à l’instar des ressources en matières premières ou des ressources financières, …
Le travail comme outil d’épanouissement et de créativité, l’artisanat, l’amour du travail bien fait ont laissé place à l’alinéation, à la productivité et à la soumission.
Certes la situation d’hier n'était pas plus rose, « les temps modernes » des années 1940 et « le travail en miettes » des années 1960 dénonçaient déjà cette situation. Il n’empêche que les conditions de travail évoluent dans le mauvais sens : les aspects postes aménagés, passage progressif à la retraite, parcours de carrières, … sont mal appréhendés.
Certes tout n’est pas aussi sombre et de nombreux métiers restent des métiers de vocation (le personnel de santé, le monde éducatif, …) Mais il faut s’interroger sur le pourquoi du mal-être de ces métiers aujourd’hui. Ne vient-il pas d’une recherche toujours plus accrue de productivité et de dévalorisation systématique de ces métiers depuis des années sous prétexte d’austérité budgétaire.
Si la robotisation a soulagé des tâches pénibles, elle reste très pénalisante en termes de relations au travail, la plupart du temps, l’humain doit alimenter la machine au rythme de la machine. Par ailleurs avec l’intelligence artificielle, la robotisation s’apprête à envahir des métiers « plus intellectuels » (diagnostics médicaux, …). Ne peut-on pas s’en servir pour nous libérer du travail ? et imposer les robots ?Par ailleurs le travail a souvent été un moyen de répartition des richesses produites : il faut travailler pour gagner sa vie. Cette remise en cause du travail nous interroge sur les façons de répartir les fruits de la prospérité dans un monde sans travail : revenu universel, …
Par ailleurs le travail a souvent été un moyen de répartition des richesses produites : il faut travailler pour gagner sa vie. Cette remise en cause du travail nous interroge sur les façons de répartir les fruits de la prospérité dans un monde sans travail : revenu universel, …
En fait ce qui était apprécié dans le travail, c’était le sens, l’utilité sociale, la place dans la société en relation avec les autres. Et c’est ce sens qui a été perdu avec une approche économique et financière. Ce sens doit être retrouver dans la vie en société : loisirs, culture, travail non rémunéré, …
On pourra se référer à l’ouvrage récemment paru « un monde sans travail » de Daniel Susskind (chez Flammarion) qui pousse à réfléchir pour savoir ce qu’est une vie riche de sens ».
La réforme des retraites proposée n’aborde que les aspects budgétaires et in fine des questions de répartition de richesses permettant aux capitaux de continuer à se rémunérer sur l’exploitation des populations. Cette réflexion sur l’évolution à plus long terme de la société et sur la libération des humains du travail contraint est absente du débat, essentiellement du fait que c’est à court terme qu’il nous faudra subir cette réforme si elle se réalise.
Mais sans cette réflexion sur l'évolution des "conditions de travail " et des liens de "subordination" des travailleurs, les solutions sur l'emploi des seniors, le temps de travail ... ne pourront pas se régler.
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Marc-Noël Vandamme
rectement