Eklablog Tous les blogs Top blogs Politique Tous les blogs Politique
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog
MENU
La table ronde de la gauche

Les partis politiques : à quoi servent-ils ?

Les missions principales des partis politiques sont, à mes yeux, de trois natures :

La première des missions d’un parti politique est de s’immerger dans la population, d’y être présent « comme un poisson dans l’eau ». Cela suppose de la part des militants d’avoir de multiples engagements : syndical, associatif, de voisinage… Cela permet d’établir un dialogue de tous les jours avec l’ensemble de la population d’une part pour bien comprendre ses préoccupations et d’autre part pour éclairer tout le monde sur la vie politique et citoyenne. Cette présence politique continue est nécessaire à la vie démocratique. Sinon les électeurs choisiront le jour du vote celui qui leur fait la meilleure impression, sans réellement connaître les tenants et les aboutissant de leur choix. Les partis politiques actuels, affaiblis, ont des difficultés à tenir ce rôle et de plus en plus l’indifférence politique s’installe dans la population.

La seconde mission consiste à construire une doctrine politique qui rassemble l’ensemble de ses militants. Cette doctrine politique comprend une réflexion sur les systèmes économique, social, politique qui nous gouvernent et l’évolution nécessaire de ces systèmes pour un monde meilleur. Au-delà de cette analyse idéologique nécessaire mais un peu théorique, il doit y avoir la prise en compte des préoccupations concrètes de la population et l’élaboration de propositions permettant d’y répondre : le projet politique. Cette doctrine et ce projet doivent être élaborés par les adhérents du parti dans un débat et une réflexion en y associant, par le dialogue, l’ensemble de la population. Ils sont enrichis par les expériences qui ont pu être acquises sur le terrain. L’organisation de ce débat et de cette réflexion, de façon permanente et continue, et leur concrétisation dans une doctrine et un projet nécessitent l’existence d’organisations politiques structurées.

On a souvent vu des assemblées citoyennes vouloir s’attaquer à cette tâche de réflexion et d’élaboration de solutions, mais, outre les difficultés d’organisation qu’elles rencontrent souvent, ce travail ne dure que le temps d’une élection et à l’élection suivante il faut tout recommencer. Le propre des partis politiques, c’est la permanence de la réflexion et l’accumulation des enseignements.

Les critiques sur le caractère idéologique des partis sont fréquentes. La dérive qui a tendance à transformer la doctrine politique en dogmatisme, et les adhérents du parti en membres sectaires de ce dogmatisme, existe. Il convient de s’en prémunir par l’ouverture au débat d’idées entre adhérents mais aussi avec l’ensemble de la population. Cela favorisera l’émergence de nouvelles idées créatrices et innovantes.

Trop souvent aussi le parti n’est qu’un club de fans autour d’un leader qui se veut être la solution à tous les problèmes. Les militants deviennent alors des colleurs d’affiches et des distributeurs de tracts. Ce leader, avec un groupe restreint de personnes, définit la doctrine et le projet. Très vite le pouvoir devient personnel et vertical, et se prive alors de la réflexion collective. Le dialogue avec la population est difficile du fait du manque de relais sur le terrain. Là encore les partis, en élaborant leur doctrine politique et leur projet en dialogue avec la population, jouent ce rôle de relais.

Sous prétexte d’efficacité, ce travail programmatique est, ces derniers temps, négligé et laisse place à du marketing politique qui consiste à « vendre » des candidats aux élections par de la communication. Cette démarche, qui prend les électeurs pour des niais se laissant embobiner par une publicité politique artificielle, contribue pleinement au rejet de la politique par l’ensemble des citoyens : « Tous les mêmes ! Tous des menteurs ! »

La troisième mission des partis politiques est la formation de leurs adhérents aux affaires politiques. Le parti se doit de repérer les compétences de ses membres, en termes d’expertise, d’animation, de management, pour les entretenir et les utiliser. L’acquisition de connaissances et d’expériences sur les affaires publiques est en effet nécessaire pour mener à bien le rôle d’élu. Les nouveaux élus ont besoin de l’appui de leur parti pour trouver les soutiens et les expériences qui leur manquent. Ce processus de choix pour savoir qui sera le mieux placé pour représenter le parti est essentiel.

Des critiques classiques : 

  •  La formation des adhérents ne doit pas se transformer en endoctrinement.
  • Cette formation des militants politiques conduit parfois à une professionnalisation de la chose politique. On choisit son camp à la sortie de l’ENA, puis on y fait carrière, au point d’arriver à des compromissions pour s’assurer une élection nécessaire pour garantir ses revenus. Les partis politiques veillent à ce que les convictions et le débat orientent les choix et non d’autres considérations.
  • La relève des anciens est souvent mal assurée : ceux-ci, sous prétexte d’expériences, ne veulent pas laisser leur place aux jeunes.  Cette promotion des jeunes doit être une préoccupation essentielle des partis politiques.
  • L’organisation des partis en « écuries » autour de quelques leaders sclérose l’émergence de nouveaux talents.

 

Par ces quelques lignes on comprend bien les difficultés qu’ont les partis politiques à assurer les missions qui leur incombent. Ces difficultés entraînent des dérives qui conduisent inéluctablement la population à les prendre en grippe.

Pourtant les partis politiques « sont les enfants de la démocratie, du suffrage universel, de la nécessité de recruter et d’organiser les masses » Max Weber Le savant et le politique 1959.

Il convient donc que nous nous engagions tous dès maintenant pour qu’ils se réinventent, comme ils l’ont toujours fait au fil des temps, pour sensibiliser les citoyens à la chose politique, élaborer une doctrine et un programme et former les adhérents pour les mettre en œuvre.

on pourra consulter un article du Monde du samedi 2 octobre 2021 : l’inéluctable mutation des partis politiques

Marc-Noël Vandamme 

Partager cet article
Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article
J
Tres bel article, clair et complet,....<br /> Je m'interroge cependant sur l'atomisation dont les partis sont, a mon sens involontairement responsables. On ne cherche pas à federer des idees communes mais à stimatiser les differences.... <br /> Jean Greiner<br />  
Répondre