21 Juillet 2022
Que les progrès informatiques permettent des échanges plus rapides entre des demandeurs de déplacements (ou de livraisons) et des « transporteurs », on ne peut qu’être d’accord.
Que des questionnaires de satisfaction permettent de s’assurer de la qualité des prestations, promptitude, politesse, état du véhicule, qualité de conduite, … on ne peut qu’approuver.
Que des travailleurs puissent décider librement, en toute indépendance, de leur temps de travail et de leur disponibilité … il n’y a là rien à redire.
En revanche ces progrès ne doivent pas remettre en cause d’autres acquis des travailleurs tout aussi important :
Tout d’abord en ce qui concerne le travailleur,
Ensuite en ce qui concerne les moyens que le travailleur met à disposition du service qu’il fournit :
Enfin une régulation entre l’offre et la demande est nécessaire :
L’ensemble de cette réglementation régissant de telles prestations, et les contrôles qui permettent de s’assurer qu’elle est bien appliquée est en effet indispensable pour garantir la juste prise en compte du travailleur (la loi est bien là pour protéger les plus faibles, et sans loi c’est toujours la loi du plus fort qui l’emporte).
Dans ces conditions, « l’ubérisation » pourrait apporter une offre nouvelle intéressante. Mais c’est oublier que ces conditions, cette réglementation, mettent en brèche le modèle économique qui supporte cette « ubérisation ». En effet ce modèle économique repose sur l’exploitation des travailleurs en remettant en cause leur acquis sociaux et leurs conditions de travail.
Que UBER fasse des pieds et des mains, à la limite de la légalité, avec un lobbying forcené, pour imposer son modèle en Europe, … cela peut se comprendre. (voir le dossier du monde du 12/07/2022).
Qu’Emmanuel Macron, en parfait libéral, approuve un tel modèle qui remet en cause les acquis sociaux, le droit du travail, sous prétexte de dynamisme économique, et qu’en conséquence il fasse en sorte que la France reste en retard par rapport à ces voisins européens dans la réglementation de telles pratiques. Rien d’étonnant (voir le monde du 21/11/2021).
Laissons la justice et les commissions d’enquête juger si cette alliance d’intérêts a dépassé la stricte application du droit en place et battons-nous pour qu’une réglementation adaptée permette enfin de protéger efficacement les travailleurs de ce secteur.
Marc-Noël Vandamme
PS1 : on pourra également se rappeler le film de Ken Loach "Sorry we missed you"
PS 2: voir le livre « Uberisation et après » coordination Pascal Savoldelli, Editons du détour, 272 pages
PS 3: voir aussi les propositions de la NUPES sur ce sujet : « Appliquer la présomption de salariat aux travailleurs des plateformes numériques (Uber, Deliveroo…) et tous les salariés faussement considérés comme indépendants »